Le meilleur ami de l’homme

Chien chaud,
Tout entier dans la voix, dans les gestes
De ton maître,
Prends la vie comme le vent,
Avec ton nez.

Reste tranquille.

Paul Éluard – Les Animaux et leurs hommes

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I love you

Je t’aime parce que je t’aime et voilà tout
et de t’aimer j’en arrive à ne pas t’aimer
et de t’attendre alors que je ne t’attends plus
mon cœur peut en passer du froid à la brûlure.

Je ne t’aime que parce que c’est toi que j’aime,
et je te hais sans fin, te hais et te supplie,
et la mesure de mon amour voyageur
est de ne pas te voir, de t’aimer en aveugle.

Et si, lumière de janvier, tu consumais
ton rayon cruel, et mon cœur tout entier,
me dérobant la clef de la tranquillité?

En cette histoire je n’arrive qu’à mourir
et si je meurs d’amour, c’est parce que je t’aime,
parce qu’amour, je t’aime, et à feu et à sang.

***

Pablo Neruda (1904-1973) – La Centaine d’amour
Traduit par Jean Marcenac et André Bonhomme

Ragnhildur Pála Ófeigsdóttir – Trois en une

Je marche
déesse d’un côté
sorcière
de l’autre

moi femme
je n’ose pas regarder
le miroir de la vérité

je n’ose pas voir en face
l’être à trois têtes
qui reste là
devant moi

le miroir
fait des ondes
se ride
comme l’eau bleue

ce sont mes larmes
les nôtres

je suis trois en une

mes larmes rident
le miroir de la vérité

car je vois le poignard
enfoncé dans le coeur

de la sorcière de la déesse

le poignard
dont moi
la femme au centre
je devais les poignarder
me
poignarder

pour pouvoir exister

***

Ragnhildur Pála Ófeigsdóttir (née en Islande en 1951)

Trouver sa voix

A l’occasion de la 15e édition du Printemps des poètes du 9 au 25 mars 2013 ayant pour thème « Les voix du poème » et parrainé par Denis Lavant, j’ai écrit ce poème:

Sans bouche il n’y a pas de voix
Sans voix il n’y a pas de mots
Sans mots il n’y a pas d’écrit
Sans écrit il n’y aurait pas de poésie
Sans poésie tout serait silence

Nichita Stănescu – Noeud 29

Qu’est-ce que tu fricotes là, m’a demandé, à moi, mon démon personnel,
qu’est-ce que tu fricotes là?
Des pièges, tu ne vois pas, je tends des pièges!
Je prépare des lacets et je prépare des chaînes
d’innombrables clefs sans cadenas!
Qu’est-ce que tu fricotes là? m’a demandé mon démon personnel.
Tout comme je te l’ai dit, je tends des pièges.
J’épie un animal en sorte qu’il se prenne dedans!
J’épie avec ma clef un cadenas!
Ah! m’a dit le démon, tu es un chasseur, je le savais bien.
Tu ne sais rien du tout, lui ai-je répondu,
et si tu crois que j’ai un piège pour toi!

Nichita Stănescu (1933-1983) – Noeuds et signes