Requiem for a love

«Un jour ma femme m’a dit qu’elle en aimait un autre. Et quelque chose de remarquable s’est produit. Le lendemain, je priais pour elle, et je me suis entendu remercier Dieu. Je m’entends car je prie à voix haute. Ce n’est pas pareil d’entendre quelque chose et d’y penser. Donc, en priant, je me suis entendu remercier Dieu car elle avait quelqu’un à aimer, quelqu’un avec qui partager sa vie, partager son corps, partager son dieu. Ca ma tout simplement transformé, ça a engendré une de mes expériences les plus puissantes. C’est là que j’ai pris conscience, dans tout mon être, que j’avais la capacité d’aimer, que je l’avais toujours eue. Mais quand ma femme m’a quitté, j’ai souffert en mon coeur comme jamais. Pour moi, avoir le coeur brisé n’était qu’une expression, j’ignorais que c’était une réalité physique, c’était incroyable. Je crois qu’en un sens, j’avais résolu d’être inconscient, donc victime, de mes décisions. Je n’étais pas responsable de ma souffrance atroce. Et ce n’est pas vrai. Donc, ce qui s’est passé, quand j’ai appris que ma femme aimait quelqu’un, au lieu de céder à la rancune et à une terrible haine, comme avant dans de telles situations, à des fantasmes affreux, hideux, pleins de haine, qui me consumaient et m’empoisonnaient… Au lieu de cela, j’ai juste pris la décision d’aimer. Et j’ai fait ce qu’il fallait, j’ai prié pour elle, j’ai rendu grâce pour elle, et alors tout le reste s’est produit. Donc, quand je me crois prisonnier en enfer, en réalité, je suis aux portes du paradis ! Mais il faut que je me rende, que je livre mon être afin de pouvoir m’éveiller au seuil du paradis.»

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Extrait de l’interview de Hubert Selby Jr dans le documentaire de Ludovic Cantais « Hubert Selby Jr, 2 ou 3 choses (1999)

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Hubert Selby Jr (23 juillet 1928 – 26 avril 2004) est un écrivain américain. C’est l’auteur de Last Exit to Brooklyn, Le Démon, La Geôle et Retour à Brooklyn et le scénariste du film « Requiem for a Dream ».

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Le chemin

Voyageur, tes traces
sont le chemin, rien de plus ;
Voyageur, il n’y a pas de chemin,
Le chemin se crée en marchant.
En marchant on crée le chemin,
et en jetant le regard derrière soi
on voit le chemin que jamais
il ne faudra fouler à nouveau.
Voyageur, il n’y a pas de chemin
rien que des sillages sur la mer.

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Antonio Machado

Le vieil homme et le chat

Viel homme et chat - Josephine

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.

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Charles Baudelaire – Le chat

La maman et la putain

«Il ne faut baiser que quand on s’aime vraiment… Et je ne suis pas saoule…si je pleure…Je pleure sur toute ma vie passée, ma vie sexuelle passée, qui est si courte. Cinq ans de vie sexuelle, c’est très peu. Tu vois, Marie, je te parle parce que je t’aime beaucoup. Tant d’hommes m’ont baisée. Ils m’ont désirée, tu sais. On m’a désirée parce que j’avais un gros cul qui peut être éventuellement désirable. J’ai de très jolis seins qui sont très désirables. Ma bouche n’est pas mal non plus. Quand mes yeux sont maquillés ils sont pas mal non plus. Et beaucoup d’hommes m’ont désirée comme ça, tu sais, dans le vide. Et on m’a souvent baisée dans le vide. Je ne dramatise pas , Marie, tu sais. Je ne suis pas saoule. Et qu’est-ce que tu crois, que je m’appesantis sur mon sort merdique. Absolument pas. On me baisait comme une pute. Mais tu sais, je crois qu’une jour un homme viendra et m’aimera et me fera un enfant parce qu’il m’aimera. Et l’amour n’est valable que quand on a envie de faire un enfant ensemble. Si on a envie de faire un enfant, on sent qu’on s’aime. Un couple qui n’a pas envie de faire un enfant, ce n’est pas un couple, c’est une merde, c’est n’importe quoi, c’est une poussière…les super-couples libres…Tu baises d’un côté, chéri, je baise de l’autre. On est super-heureux ensemble. On se retrouve. Comme on est bien. Mais c’est pas un reproche que je fais, au contraire. Ma tristesse n’est pas un reproche, vous savez. C’est une vielle tristesse qui traîne depuis cinq ans. Vous en avez rien à foutre. Regardez tous les deux, vous allez être bien…Comme vous pouvez être heureux ensemble.»

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Monologue dit par Françoise Lebrun, extrait du film « La maman et la putain » de Jean Eustache, en hommage à Bernadette Lafont, qui pour moi était une grande actrice et une belle personne.