Gérard Manset – Revivre

On voudrait revivre.
Ça veut dire:
On voudrait vivre encore la même chose.
Refaire peut-être encore le grand parcours,
Toucher du doigt le point de non-retour
Et se sentir si loin, si loin de son enfance.
En même temps qu’on a froid, quand même on pense
Que si le ciel nous laisse on voudra
Revivre.
Ça signifie:
On voudrait vivre encore la même chose.
Le temps n’ai pas venu qu’on se repose.
Il faut refaire encore ce que l’on aime,
Replonger dans le froid liquide des jours, toujours les mêmes
Et se sentir si loin, si loin de son enfance.
En même temps qu’on a froid, qu’on pleure, quand même on pense
Qu’on a pas eu le temps de terminer le livre
Qu’on avait commencé hier en grandissant,
Le livre de la vie limpide et grimaçant
Où l’on était saumon qui monte et qui descend,
Où l’on était saumon, le fleuve éclaboussant,
Où l’on est devenu anonyme passant,
Chevelu, décoiffé, difforme,
Chevelu, décoiffé, difforme se disant
On voudrait revivre, revivre, revivre.

On croit qu’il est midi, mais le jour s’achève.
Rien ne veut plus rien dire, fini le rêve.
On se voit se lever, recommencer, sentir monter la sève
Mais ça ne se peut pas,
Non ça ne se peut pas,
Non ça ne se peut…

***

Paroles et musique: Gérard Manset, 1991

 

Décennies

Voici les jeunes hommes, le poids sur leurs épaules
Voici les jeunes hommes, où sont-ils passés ?
Nous avons frappé aux portes de la chambre de l’Enfer la plus sombre
Poussés aux limites, nous nous sommes traînés là
Nous avons regardé depuis les coulisses les scènes se rejouer
Nous nous sommes vus comme jamais auparavant
Portrait du traumatisme et de la dégénérescence
Les peines que nous avons endurées et qui n’ont jamais cessé

Où sont-ils passés ?
Où sont-ils passés ?
Où sont-ils passés ?
Où sont-ils passés ?

Las de vivre, maintenant notre coeur est perdu à jamais
Impossible de remplacer la peur, ou l’excitation de la poursuite
Ces rituels ont ouvert la porte à nos errances
Ouverte puis refermée, puis claquée au visage

Où sont-ils passés ?
Où sont-ils passés ?
Où sont-ils passés ?
Où sont-ils passés ?

***

Joy Division – Decades (sur l’album « Closer »)

Pépée

***

Léo Ferré – Pépée

T’avais les mains comme des raquettes
Pépée
Et quand j’ te f’sais les ongles
J’ voyais des fleurs dans ta barbiche
T’avais les oreilles de Gainsbourg
Mais toi t’avais pas besoin d’ scotch
Pour les replier la nuit
Tandis que lui… ben oui !
Pépée

T’avais les yeux comme des lucarnes
Pépée
Comme on en voit dans l’ port d’Anvers
Quand les matins ont l’âme verte
Et qu’il leur faut des yeux d’ rechange
Pour regarder la nuit des autres
Comme on r’gardait un chimpanzé
Chez les Ferré
Pépée

T’avais le cœur comme un tambour
Pépée
De ceux qu’on voit le vendredi saint
Vers les trois heures après midi
Pour regarder Jésus-machin
Souffler sur ses trent’-trois bougies
Tandis que toi t’en avais qu’huit
Le sept avril
De soixante-huit
Pépée

J’ voudrais avoir les mains d’ la mort
Pépée
Et puis les yeux et puis le cœur
Et m’en venir coucher chez toi
Ça changerait rien à mon décor
On couche toujours avec des morts
On couche toujours avec des morts
On couche toujours avec des morts
Pépée

***

Léo Ferré, cet homme plein de poésie, qui d’un seul mot, d’une seule phrase, vous faisait frissonner et parfois sangloter. Il était attendrissant et d’une grande sincérité.
Je lui rends hommage avec cette émouvante chanson qui raconte l’histoire d’amour qu’il a eu avec sa femelle chimpanzé Pépée, morte assassinée sur les ordres de son épouse Madeleine.

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Un garçon d’une petite ville

Bronski Beat – « Smalltown Boy »

Tu pars au petit matin
Avec tout ce qui est à toi
Dans une petite valise noire
Seul sur le quai de gare
Le vent et la pluie
Sur un triste et solitaire visage

Ta mère ne comprendra jamais
Pourquoi tu as dû partir
Mais les réponses que tu cherches
Ne seront jamais trouvées à la maison
L’amour dont tu as besoin
Ne sera jamais trouvé à la maison

Sauve toi, détourne toi, sauve toi, détourne toi, sauve toi.
Sauve toi, détourne toi, sauve toi, détourne toi, sauve toi.

Malmené et maltraité
Toujours un garçon seul
Tu étais celui
Dont ils parlaient dans toute la ville
Celui qu’ils humiliaient

Et ils ont essayé si fort
Ils t’ont blessé pour te faire pleurer
Mais tu ne leur as jamais montré tes pleurs
Juste à ton âme
Mais tu ne leur as jamais montré tes pleurs
Juste à ton âme

Sauve toi, détourne toi, sauve toi, détourne toi, sauve toi.
Sauve toi, détourne toi, sauve toi, détourne toi, sauve toi.

Pleure, garçon, pleure…

Tu pars au petit matin
Avec tout ce qui est à toi
Dans une petite valise noire
Seul sur le quai de gare
Le vent et la pluie
Sur un triste et solitaire visage

Sauve toi, détourne toi, sauve toi, détourne toi, sauve toi.
Sauve toi, détourne toi, sauve toi, détourne toi, sauve toi.

***

You leave in the morning
With everything you own
In a little black case
Alone on a platform
The wind and the rain
On a sad and lonely face

Mother will never understand
Why you had to leave
But the answers you seek
Will never be found at home
The love that you need
Will never be found at home

Run away, turn away, run away, turn away, run away
Run away, turn away, run away, turn away, run away

Pushed around and kicked around
Always a lonely boy
You were the one
That they’d talk about around town
As they put you down

And as hard as they would try
They’d hurt to make you cry
But you never cried to them
Just to your soul
No you never cried to them
Just to your soul

Run away, turn away, run away, turn away, run away
Run away, turn away, run away, turn away, run away

Cry , boy, cry

You leave in the morning
With everything you own
In a little black case
Alone on a platform
The wind and the rain
On a sad and lonely face

Run away, turn away, run away, turn away, run away
Run away, turn away, run away, turn away, run away

L’âge atomique

Ça se gâte dans tous les coins
On n’attend plus les martiens
Ça va barder
On est tous au premier rang
Pour claquer, ça c’est dément
Quelle société

Bienvenue l’âge atomique
Quelle période magnifique
On dit que tout va sauter
Oui, ça nous fait rigoler
Bienvenue l’âge atomique
Quelle période magnifique

Moi je ne veux pas mourir
Je n’sais pas vers où courir
Ça va barder
Y’en a qui jouent les martyrs
D’autres ont peur de se salir
Quelle société

Bienvenue l’âge atomique
Quelle période magnifique
On dit que tout va sauter
Oui, ça nous fait rigoler
Bienvenue l’âge atomique
Quelle période magnifique

Ça va barder

Les cerveaux électroniques
Et les plus grands scientifiques
Plus rien n’y fait

Ça se gâte dans tous les coins
On n’attend plus les martiens
Quelle société

Bienvenue l’âge atomique
Quelle période magnifique
On dit que tout va sauter
Oui, ça nous fait rigoler
Bienvenue l’âge atomique
Quelle période magnifique

***

Elli et Jacno