Pavillon 34

On aura beau me coudre une tête d’orvet
on aura beau me transfuser, me perfuser, m’andoliser,
rien ne m’empêchera de demander pourquoi
j’ai la mémoire de tout le sang du monde
pourquoi ma chair pourrit partout où je me tais
et pourquoi j’ai l’idée d’un corps démesuré

je m’enivre des plaies ouvertes dans ma bouche
je voudrais m’achever en faisant tout sauter
et glisser sous ma peau des trucs à retardement

les mains derrière le dos
les bras sanglés de cuir
je me glisse à mi-corps dans l’éther des couloirs
à la recherche de l’homme blanc
qui m’a remis ma muselière

mes doigts se brisent comme du givre
et je m’enfonce dans une fosse d’orchestre
au milieu des lagunes
je prends feu au pupitre à chaque démesure
les oiseaux que j’attrape s’enflamment entre
mes mains
et mes yeux me regardent
du fond des poissons blancs
pendus à des crochets

tout autour de mon banc
on verse de l’eau claire
mes voisins ont les yeux ouverts aux quatre coins
il y a des filles allongées derrière les rideaux lourds ;
la dame psychiatre a des orgasmes formidables !…
je n’ai plus une place dans l’ombre où je m’enterre
j’ai peur de me détendre
j’ai peur de ce grand calme qui descend dans
mes veines,
j’ai peur de crever seul dans un petit lit-cage…

La Colombière,
Montpellier

***

Tristan Cabral (né en 1944) –  H.D.T (hospitalisation à la demande d’un tiers) 2010

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