A l’écoute de nos présences

Quand nos os eurent touché terre,
Croulant à travers nos visages,
Mon amour, rien ne fut fini.
Un amour frais vint dans un cri
Nous ranimer et nous reprendre.
Et si la chaleur s’était tue,
La chose qui continuait,
Opposée à la vie mourante,
A l’infini s’élaborait.
Ce que nous avions vu flotter
Bord à bord avec la douleur
Etait là comme dans un nid,
Et ses deux yeux nous unissaient
Dans un naissant consentement.
La mort n’avait pas grandi
Malgré des laines ruisselantes,
Et le bonheur pas commencé.
A l’écoute de nos présences ;
L’herbe était nue et piétinée.

***

« Pleinement », poème de René Char (1907-1988) – Les Matinaux (1950)

Publicités

Un homme qui dort

Je me suis endormi
Du sommeil du monde.

Guillevic

Ron Mueck, ‘Mask II’, 2001

 

Cette grande oeuvre ressemble étrangement au sculpteur.
Sa taille imposante contraste avec la vulnérabilité du moment,
un sommeil profond, calme, bien loin de l’agitation quotidienne.